L’autorité est au cœur de la dernière réforme de la justice des mineurs. Cette notion est-elle en contradiction avec les missions des éducateurs spécialisés ?
Aurélien Cadet : Telle qu’elle est employée, la notion d’autorité ressemble plutôt à de la domination. C’est une manière très confortable de naturaliser, de normaliser un rapport à l’autre qui est tout à fait artificiel et construit, selon moi. On peut l’observer avec le slogan de Gabriel Attal, ancien premier ministre et aujourd’hui à l’initiative de la proposition de loi : « Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ; tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter. » En mobilisant sur le terrain des concepts de genre, de temporalité et du care, j’ai pu constater que l’autorité se conjugue moins avec le verbe « avoir » qu’avec le verbe « faire ». Il s’agit de « faire autorité ».
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Par leur dimension normative, et aujourd’hui répressive, les éducateur·rices spécialisé·es sont-ils perçu·es comme une nouvelle facette du maintien de l’ordre ?
Les éducateurs et éducatrices sont perçu·es comme faisant du sale travail. Cela dépend du domaine auquel ils et elles sont rattaché·es mais, s’agissant de la protection de l’enfance, on suppose très souvent qu’il est nécessaire de détenir des caractéristiques perçues comme « masculines » pour « cadrer » les enfants et les adolescent·es. Dans mon premier poste comme éducateur au sein de la protection judiciaire de la jeunesse, on m’avait dit : « Ah mais ça va, t’as une voix qui porte. »
On peut aller au-delà de ce contrôle social pour créer une relation misant sur…
Auteur: Élise Leclercq

