Paris, reportage
« Si l’âge légal de départ à la retraite était maintenu à 62 ans, contrairement à 64 ans comme prévoit la réforme des retraites, que feriez-vous de ces deux années ? » C’est la question qu’a posée Reporterre aux manifestants contre la réforme des retraites, pour cette troisième journée de mobilisation. À Paris, devant l’opéra Garnier, la place est noire de monde. Malgré le froid mordant, le soleil de février réchauffe les cœurs, et fait ressortir les couleurs des drapeaux de l’intersyndicale. Environ 400 000 personnes sont descendues dans les rues de la capitale selon la CGT ; 87 000 selon le ministère de l’Intérieur.
D’abord, il y a ceux qui veulent profiter de la vie : « Moi, si on me laissait ces deux ans, je verrais mes amis, j’irais au musée, au théâtre, au cinéma, je me promènerais… Tant que j’ai mes jambes ! » répond Kamel, 52 ans, agent administratif. Passionné par le dessin animé « Goldorak », il a emporté avec lui une figurine du robot sur laquelle on peut lire : « La retraite à 60 ans. » Mais, ayant commencé à travailler à 16 ans, le fonctionnaire craint de ne pas rester en bonne santé suffisamment longtemps pour jouir pleinement de son temps libre : « S’il faut attendre d’être en fauteuil roulant pour avoir enfin le temps de profiter des loisirs, ça ne vaut pas le coup. »
Pour d’autres, la retraite est plutôt synonyme d’évasion : « Moi, je voyagerais partout. Mais plus en tant que contrôleuse de train », sourit Aminata, 40 ans, contrôleuse SNCF à la gare Saint-Lazare. Radieuse, elle porte fièrement le gilet vert pomme du syndicat Sud Rail. « Deux ans de perdus, quand même, ce n’est pas rien. »
« Hors de question de rester inactive »
Il y a aussi ceux qui souhaitent rester actifs : « Je crois que je mettrais ce temps à profit pour aider les jeunes agriculteurs qui s’installent », répond Emmanuel, 48 ans, paysan boulanger dans le Calvados et membre de la Confédération paysanne. D’autres, notamment des femmes, projettent de s’engager auprès d’associations : « Hors de question de rester inactive ! Moi, je me vois bien faire du bénévolat à l’hôpital, auprès des enfants malades », témoigne Laure, 54 ans, aide-soignante. Après avoir passé sa vie à soigner les autres, elle n’envisage pas de quitter brusquement cette activité qui donne du sens à son quotidien. Même si elle aimerait aussi pouvoir se reposer de temps en temps dans sa maison de campagne, en Vendée.
« L’image du retraité qui reste chez lui devant sa télé est en réalité très minoritaire, constate Marianne Maximi (La France insoumise, LFI), députée du Puy-de-Dôme présente à la…
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Auteur: Scandola Graziani Reporterre

