Au début du film de l’Ukrainien Sergueï Loznitsa, Deux procureurs (2025), deux tchékistes tortionnaires du NKVD sévissant dans un centre de “détentions spéciales”, échangent une blague qui les fait beaucoup rire, rire de bon cœur. Le chef de la prison raconte à son subalterne garde chiourme l’histoire suivante : “C’est l’histoire de deux bolchéviques, dit-il. L’un demande à l’autre : “tu faisais quoi pendant la révolution ? Le deuxième répond : “j’attendais en prison”. “Et après la révolution ?” “La prison m’attendait”. Le ton est donné. Rien ne peut ébranler le système dans lequel ces deux-là s’épanouissent.
Une conscience professionnelle qui leur donne le sentiment “du devoir accompli” – satisfaction qui justifie sans doute le plaisir qu’ils y prennent. L’humour dans son conclave de connivence permet de faire communauté sans avoir besoin de se justifier d’une façon ou d’une autre. Une signature en somme. Un entre-soi qui protège et donne à leur pouvoir un caractère bonhomme assuré de sa légitimité. Leur rire complice manifeste cette réalité qui nous échappe. L’implicite de leur fonction.
En Union Soviétique, en cette année 1937, le NKVD traque les éléments antisociaux, les saboteurs et tous ceux qui lui résistent et dénoncent ses crimes. Staline soumet à son pouvoir la société russe, l’armée Rouge et le Parti.
Dans la scène d’ouverture du film, dans une cellule de la prison, des milliers de lettres de détenus sont brûlées sur ordre de l’administration pénitentiaire, le NKVD. Elles en appellent à la justice et aux valeurs du nouvel Etat soviétique. Elles dénoncent le traitement déshumanisant que les prisonniers subissent, pensant qu’il s’agit d’une erreur judiciaire ou d’un excès de zèle des autorités locales, voulant croire que leur cas est isolé, que le Politburo n’est pas informé de ces abus et de ce déchainement de…
Auteur: dev

