Guillaume Sabin a lu Jacques Rancière et il en fait un profit utile. De même que l’auteur de La nuit des prolétaires a travaillé à partir d’archives ouvrières pour décrire un quotidien occulté, mais aussi rapporter les aspirations et les capacités réelles d’une société mal représentée, sinon jamais, par les livres d’histoire ou de sociologie, comprendre le monde dans son économie, son possible système d’échanges, ne peut se faire qu’en écoutant les visages, c’est-à-dire les parcours individuels ou intra-collectifs. C’est donc en ethnologue qu’il est que Sabin enquête sur des expériences de terrain dont il scrute les protagonistes, les interrogeant sur leur aventure de vie située en dehors des cadres les plus valorisés ordinairement. Il cite Robert Cappa pour qui, si une photo n’est pas bonne, c’est qu’elle n’est pas prise d’assez près. À travers cet ouvrage le lecteur doit donc s’approcher des manières de vivre et d’intelligencer de quelques micro-sociétés en phase d’élaboration, et donc en devenir perpétuel.
À l’époque où l’épuisement physique des travailleurs de force s’est vu relégué, sur le plan de la notoriété, par le burn–out de professions moins salissantes, les prolétaires des catégories les plus diverses connaissent un sort évidemment peu enviable. Cependant, si un peu partout des expériences d’un autre ordre que celui de la performance et du rendement sont menées avec enthousiasme et imagination, c’est que leurs protagonistes n’ont que faire des promesses de la vie matérielle.
L’organisation du travail depuis le XVIIIe siècle et l’industrialisation n’a fait qu’instrumentaliser le travailleur en le mettant en concurrence avec la machine à laquelle il est attaché, il ne peut la soumettre qu’à condition de s’y accorder, en quelque sorte d’en parler la langue, non sans perdre de la sienne. Guillaume Sabin rappelle qu’en…
Auteur: dev

