Plus de cinquante ans après la publication de La production de l’espace (1974) d’Henri Lefebvre, il convient de rappeler les apports majeurs d’une œuvre difficile d’accès et pas toujours bien comprise. Afin de clarifier que la conception sociale de l’espace est une interprétation radicalement différente de celle qui domine dans la géographie d’inspiration cartésienne et les sciences bourgeoises, Renaud Lariagon propose ici d’illustrer la conception dialectique et matérialiste développée par l’auteur.
Il présente trois apports majeurs de l’ouvrage de Lefebvre : d’abord une théorie unitaire de l’espace, puis son influence sur la critique de l’économie politique, et enfin ce que tout cela nous dit du processus d’aliénation dans la société urbaine capitaliste.
En 2024 se célébraient les cinquante ans de la publication de La production de l’espace d’Henri Lefebvre (1974)[1]. Après plus d’un demi-siècle, on peut déplorer qu’il soit toujours nécessaire de rappeler que la théorie proposée dans cet ouvrage visait à comprendre la reproduction du mode de production capitaliste et ainsi de compléter celle de la lutte de classes. Ce questionnement ouvert dans un ouvrage antérieur[2], se situe dans la lignée de l’observation de l’expansion urbaine sur le rural dans la période d’après la Seconde Guerre mondiale[3], et il a conduit Henri Lefebvre à développer une véritable science de l’espace ou spatiologie[4]. C’est ainsi qu’il acquit une notoriété, souvent posthume, dans des disciplines dont il a pourtant montré l’inconsistance épistémologique (géographie, urbanisme, aménagement, etc.) tant elles sont fondées sur un fétichisme de l’espace.
Auteur devenu à la mode dans les années 2000 pour les multiples instrumentalisations du droit à la ville, il est trop largement cité par des auteurs qui ne maîtrisent pas ses travaux. C’est ainsi que le concept de…
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