C’était un spectacle coloré et musical. Je suis allée le voir avec mes filles, dans un quartier moderne, familial, où des enfants courent le long du canal en ignorant les appels résignés de leurs parents, heureux de voir leur bambin s’ébattre en toute insouciance sur le pavé. Tandis que le soleil se couchait, nous avons été surprises par le froid qui s’insinue lentement dans cet été sans fin. Nous marchions vers la salle de spectacle. Mon aînée était enthousiaste et curieuse, encore tout auréolée de sa journée passée avec son amoureux. Ma benjamine m’inquiète, si rétive au sourire, si recluse dans ses pensées. Elle a 14 ans et passe par ce que l’on appelle « la difficile adolescence ».
Sa sœur aussi s’inquiète pour elle. Elle ne cessait, sur le chemin, de lui faire des confidences à l’oreille, de tenter de la faire rire. N’y parvenant pas, elle finissait par se jeter à son cou pour la couvrir de baisers. Comme elle est difficile, cette conquête, pas à pas, de l’âge adulte. Comme je souffre de voir les beaux yeux noirs de ma fille emplis d’un ennui de vivre dont rien ne semble pouvoir la faire sortir. Pas même une mère et une sœur aimantes, qui lui font signe, à travers une vitre invisible.
Dans la queue pour le spectacle, il y avait des garçons et des filles de 20 ans, aux écharpes colorées, à l’air légèrement supérieur parce qu’ils s’apprêtent à passer un moment privilégié. Et je me disais que peut-être, d’ici quelques années, ma fille de 14 ans aurait cet air triomphant, de ceux qui ont traversé le désert et en sont ressortis assoiffés mais vivants. Tout en piétinant le pavé pour me réchauffer, je m’efforçais de ne pas scruter son front soucieux sous ses mèches ondulées, car à son âge, on n’aime pas se sentir observée par sa mère.
Sous le chapiteau, l’air était chaud et l’ambiance attentive, légèrement galvanisée par le spectacle à venir….
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Auteur: Estelle-Sarah Bulle

