Digger d’Alejandro González Iñárritu : parodie d'un capitalisme parodique

Digger d’Alejandro González Iñárritu, sorti le 30 septembre mais toujours à l’affiche, met en scène un milliardaire du pétrole (Digger Rockwell, interprété par Tom Cruise) dont les activités provoquent une catastrophe climatique, puis la manière dont les dirigeants économiques et politiques tentent de gérer cette catastrophe sans remettre en cause l’ordre qui l’a produite. Mais (attention spoilers) découvrant qu’il s’agit en fait d’un spectacle satirique, l’on suit également en parallèle la mise en scène de celui-ci. 

Digger est un film volontairement “too much” (décors criards, jeux hystériques et bavards, longueur, propos appuyé…) qui donne quelquefois une sensation de gros gâteau écoeurant. Par certains égards, il fait penser à Mégalopolis, le dernier film démiurgique de Francis Ford Coppola. Sauf que voilà, ici cette forme un peu obscène vient servir un propos déjà plus intéressant, en renvoyant elle-même à la sensation de nausée d’un monde pourrissant mais dopé à un divertissement si pervers qu’il peut faire de sa propre désolation un spectacle.

Bouffonnerie du capitalisme fossile

Dès les premiers plans, Digger est, dans sa représentation des capitalistes et des politiciens,  vulgaire, kitsch et grandiloquent. Le genre de caricature qui déplaît aujourd’hui beaucoup à la critique de bon goût. Mais finalement pourquoi pas ? Si avec sa pelle, Digger Rockwell rappelle lointainement le Dr Jacoby de Twin Peaks répétant à qui veut bien l’entendre “dig yourself out of the shit”, il évoque en réalité bien plus les Donald Trump, les Elon Musk, les Javier Milei, les Bolsonaro… Et pour cause : la bourgeoisie mondiale a désormais cette tronche de dégénéré.  Il y a sans doute quelque chose de (volontairement) anachronique dans ces décors d’aristocrates déchus, mais qui fonctionnent dans l’objectif de décrire une fin…

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Auteur: Rob Grams