Je me suis réveillé vers 9h35, douchée, pris une tartine et suis sortie. J’ai pédalé jusqu’au canal Saint-Martin en essayant de pas rouler sur des débris de verre. Il y en avait partout. Il faisait beau et le soleil brillait dans tout ça comme sur une mer infinie. J’ai entendu une femme dire : « Pour une fois que ça a brûlé intra-muros, ça change. » J’ai souri. J’étais d’accord.
Place de la République, les marches sur lesquelles on s’assied de temps en temps pour regarder les gars jouer au foot, ont été arrachées comme des dents. Il y a des bouts de pierres encore par terre. Il y a des pipettes vides de sérum phy, des palets de lacrymo, des vélos couchés. Il y a aussi des hommes, des femmes, des familles qui prennent en photo le squelette d’un kiosque cramé, de trois carcasses de voitures brûlées et le dos de la statue. Elle est couverte d’un gilet jaune qui dit : « 1961 la police noie les algériennes ». Son rameau se découpe sur un ciel sans nuage. Je plisse les yeux à cause de la lumière et de la fatigue. J’essaye de me souvenir de la journée d’hier qui m’arrive en flashes.
12H : Deux jeunes adultes, en bas du Père Lachaise ont installé une petite table. Un thermos et une pile de gobelets. Ils proposent du café pour qui va marcher. Sympa.
13H : Angle Parmentier / Avenue de la République, une dame crie : « le sérum, les lunettes, les masques, dans vos chaussettes ! Ça fouille à République. » Elle distribue certains de ces trucs pour ceux qui en manquent. Mon amie crie à son tour pour que le mot passe. Et derrière nous ça fait ricocher l’info. On planque nos petites affaires dans nos soutifs. « Pourquoi ils prennent le sérum phy ? On ne peut rien faire avec ça, à part se nettoyer les yeux de leur gaz », j’entends dire une mère.
13H20 : Avenue de la République / Boulevard Richard Lenoir : Ça passe moyen. On ne saurait pas dire si c’est parce qu’il y a trop de monde ou parce que l’accès est déjà bloqué….
Auteur: dev
