[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.
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Kanzi, le bonobo qui joue à la dînette
Vous prendrez bien une tasse de thé ? L’imagination ne serait pas l’apanage des enfants jouant à la dînette, selon une étude publiée le 5 février dans la prestigieuse revue Science. Un bonobo de 43 ans appelé Kanzi a été le premier animal non humain à comprendre clairement le concept du jeu symbolique. Lors d’un exercice intitulé « tea party », Kanzi a appris à choisir une tasse que les scientifiques avaient fait semblant de remplir de jus plutôt qu’une autre qu’ils avaient fait semblant de vider.
Sur 50 essais non récompensés — ce qui dénote une certaine appétence pour le « running gag » —, le facétieux primate a choisi le récipient rempli de breuvage invisible dans 68 % des cas, démontrant sa capacité à comprendre l’idée de faire semblant. Une deuxième expérience, menée sur 18 essais, visait à vérifier qu’il ne confondait pas fiction et réalité : placé devant deux gobelets, dont un contenant du vrai jus, Kanzi a choisi le liquide réel dans 77,8 % des cas.
Les auteurs de l’étude en concluent que la capacité à se représenter des objets « pour de faux », une compétence clé pour imaginer, planifier ou attribuer des croyances, ne serait pas exclusivement humaine et pourrait remonter à un ancêtre commun vieux de 6 à 9 millions d’années. Mais pas la peine de se précipiter dans la première forêt tropicale humide venue pour partager des tisanes de tamariniers imaginaires avec nos lointains cousins. Si…
Auteur: Émilie Massemin, Hortense Chauvin

