Imaginez. Un des plus éminents chercheurs français sur le nazisme invité d’un média de gauche pour devoir expliquer que non, Hitler n’était ni de gauche, ni communiste. Le tout, en 2025. Une mauvaise blague ? Pas vraiment. Johann Chapoutot a, en effet, dû rappeler ces faits élémentaires chez nos confrères de L’Humanité, après qu’Elon Musk, homme fort du nouveau pouvoir trumpiste aux États-Unis, a validé les dires d’une candidate de l’AfD, parti d’extrême-droite allemande, affirmant sans sourciller qu’Adolf Hitler était communiste.
L’exemple allégorise un fait politique de plus en plus observé : celui de profondément détourner le sens de mots, de concepts. Le fascisme devient alors de gauche. Le dictateur, un démocrate. Et réciproquement. Militer, un crime. « Aujourd’hui, le terme ‘militant’ est devenu un outil de criminalisation, observe Johan Faerber, docteur en littérature et récent auteur de Militer, verbe sale de l’époque (Autrement, 2024). Alors que, depuis la Révolution, le verbe militer a toujours été du côté de la démocratie. » Le chercheur cite, par exemple, le terme d’écoterroristes utilisé par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, pour qualifier des militants écologistes.
Le 6 mai, lors du meeting de soutien à l’organisation antifasciste la Jeune Garde et au collectif Urgence Palestine, menacés de dissolution par Bruno Retailleau, Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac, s’insurgeait : « Les écologistes seraient des écoterroristes, les révoltés des quartiers ou des territoires ultramarins, des émeutiers, les soutiens au peuple palestinien feraient l’apologie du terrorisme, les féministes des féminazies, les antifascistes seraient des fascistes, et les syndicalistes des preneurs d’otages. »
Triangulation
Il y a une stratégie d’infiltration du langage par l’extrême droite.
J….
Auteur: Pauline Mussche

