François Bayrou a prononcé son discours de politique générale devant les députés ce mardi 14 janvier. Peu d’annonces concrètes ont marqué ce discours, plutôt orienté vers une philosophie générale mettant en avant la lutte contre l’endettement, la « débureaucratisation », l’éducation ou le contrôle migratoire. La réforme des retraites sera renégociée par les partenaires sociaux – il s’agissait d’un point clé pour obtenir la « non censure » du Parti socialiste. Alors qu’insoumis, écologistes et communistes voteront la censure cette semaine, le PS n’a, pour l’instant, pas tranché. François Bayrou connaîtra-t-il un sort plus favorable que son prédécesseur Michel Barnier ? Entretien avec le politiste Luc Rouban.
Le discours de politique générale du premier ministre François Bayrou avait une importance particulière. Quels étaient les enjeux ?
Luc Rouban : Ce discours s’inscrit dans un contexte tout à fait particulier parce qu’on est certainement au cœur de la crise politique la plus grave de la Ve République. Il arrive après la censure qui a frappé le gouvernement Barnier et dans une situation où, au fond, les mécontentements se conjuguent puisque tout le monde a gagné et que,en même temps, tout le monde a perdu. Le Nouveau Front populaire est arrivé en tête en nombre de sièges aux législatives de juin mais il n’a pas pas pu accéder à Matignon. De l’autre côté, le Rassemblement national est arrivé en tête en nombre de voix mais il est aussi mis de côté. On n’avait jamais vu un tel décalage entre la composition des gouvernements – Barnier puis Bayrou – et le résultat des élections.
Ce discours de politique générale n’était donc pas simplement un catalogue de mesures, il répondait au moins à deux grands enjeux. Le premier était de garantir la stabilité du système institutionnel et tout simplement la démocratie en France. François Bayrou a beaucoup…
Auteur: Luc Rouban, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po

