Nous avons tendance à apprécier l’humiliation au travail en l’indexant sur le degré d’exploitation subi ou supposé (salaires, conditions de travail, types de contrats, etc.). On en déduirait presque et à tort que celles et ceux qui bénéficient d’un « bon poste » seraient épargnés, que le chantage qui veut que pour survivre il nous faut vendre l’essentiel de notre vie, serait presque acceptable avec une bonne clim’ et la fiche de paie qui va avec. Laura Montmory raconte ici avec humour l’histoire d’une humiliation parfaitement ordinaire. Un travail, une grossesse et -surprise !- la non reconduction de son contrat.
Tu reçois les félicitations d’un jury automate dès que tu l’annonces. Ta grossesse fait consensus, à part chez deux trois ou multipares inquiètes, au syndrome de stress post-traumatique réactivé, dès que se diffuse une mise bas à venir. Ou peut-être est-ce le congé, le travail que tu laisses, mais tu n’y penses pas. Il va sans dire, mais ça va mieux en le disant, qu’au bureau tout le monde se croit de gauche. Tendance régularisation des étrangers, défense des LGBTQIA2S+ : les ennemis diraient woke. Les salaires sont mauvais, tu bosses à l’hôpital, public et psychiatrique.
Tu ne ressens que très furtivement ce petit complexe de supériorité lors de l’annonce, cette petite dinguerie de l’esprit qui un instant se croit rentier. Dans quelques mois je vous plante : au revoir, au revoir, président. A vrai dire, tu n’es pas vraiment prête à t’absorber à nouveau dans ce gouffre de la maternité. Tu as tout le temps la nausée, tu peux vomir dès qu’un effluve de transpiration te parviens, tu t’endors sur ton azerty à toute heure du jour et tu chiales des chansons tristes. Bref, t’as la vie qui t’pique les yeux.
Tu ne t’attardes pas sur ton annonce et poursuis, entre deux passages aux toilettes, des réponses compulsives pour tenter de faire diminuer une boite mail…
Auteur: dev

