Disparition de Carlo Ginzburg, grand médiéviste engagé très à gauche et figure de la microhistoire

Il peut être considéré comme l’un des principaux fondateurs de la « microhistoire », courant né à la fin des années 1960 qui, à partir de la vie d’un individu, d’une localité particulière, s’emploie à éclairer la société, les rapports de classes ou les transformations culturelles d’une époque. Influencé par l’École (française) des Annales ou l’historien marxiste britannique E.P. Thompson, Carlo Ginzburg figurait parmi les plus grands historiens du XXe siècle, devenu célèbre avec son ouvrage paru en 1976 Le Fromage et les vers (tr.fr. Aubier, 1980), traduit en plus de 25 langues : l’étude du procès pour hérésie d’un meunier du Frioul à la fin du XVIe siècle, qui lui permit de dépeindre la société et les enjeux politiques et sociaux de l’époque.

Auteur d’un très grand nombre d’ouvrages historiques, certains consacrés à l’art, Ginzburg fut aussi un intellectuel engagé en Italie, notamment contre les gouvernements Berlusconi et leurs tentatives d’instrumentaliser sa discipline. Militant dans le groupe gauchiste Lotta Continua dans les années 1970, il prit la défense de son ancien leader et camarade, Adriano Sofri, lorsque celui-ci fut accusé d’ « assassinat terroriste » à la fin des années 1980, sur la base des lois répressives votées à la fin des « années de plomb ».

Il expliqua alors que, lorsqu’il lisait le compte-rendu de ce procès, il avait une « étrange impression » d’y retrouver le style des procès de l’Inquisition. Mais il était aussi le fils d’un héros de la Résistance, Leone Ginzburg, mort sous la torture en 1944, et de Natalia Levi Ginzburg, très grande romancière transalpine. Encore une grande conscience qui disparaît.

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Auteur: Olivier Doubre

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