Après avoir travaillé sur les armes et la militarisation de la police dans L’arme à l’oeil et Nous sommes en guerre Pierre Douillard-Lefevre revient avec un nouveau livre : Dissoudre (Grevis). Il y est évidemment question de cette pratique policière et administrative remise à la mode par le gouvernement : la dissolution des associations et groupements de fait jugés subversifs ou contraire au bonnes mœurs républicaines. Mais pas que, et c’est tout l’intérêt de cet excellent livre. Pierre Douillard-Lefebvre tisse un lien entre les pratiques ouvertement répressives par le droit et un projet politique plus global qui vise à neutraliser tous les corps collectifs qui pourraient échapper au contrôle. Nous en publions ici l’introduction ainsi qu’un extrait du second chapitre, il y est question de piège à loup et de dissolution du sens commun.
Ces lignes sont écrites dans un moment incertain et mouvant, alors que la situation politique ne cesse de s’assombrir ; une époque déchirée par les guerres et les offensives contre-insurrectionnelles ; un temps traversé par une série de déflagrations sidérantes, destinés à saturer nos sens, notre compréhension et nos possibilités d’actions, comme pris dans les phares d’un véhicule funeste fonçant à pleine vitesse.
Les pages qui suivent proposent à la fois une généalogie des dissolutions et une photographie de l’instant, pour fournir des outils pour se défendre et penser la contre-attaque. L’histoire se chargera d’en écrire la suite.
« Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. » Bertolt Brecht
Le piège à loup
Dans la même unité de temps et d’espace, nous avons vu le chantier d’une mégabassine au milieu de plaines désolées transformé en forteresse. Nous avons vu des milliers de militaires protéger un trou en envoyant des salves d’explosif dans la foule. Nous avons vu un régime pris dans une frénésie de…
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Auteur: dev

