Dix ans après Adama Traoré : une décennie contre la dépolitisation

L’universitaire afro-américaine Joy James, autrice notamment de Contextualizing Angela Davis: The Agency and Identity of an Icon, résume une tendance profonde des cultures politiques contemporaines par une formule lapidaire : « We don’t want context. We want persona. » (« Nous ne voulons pas du contexte ; nous voulons une figure. ») Cette distinction éclaire une grande partie de la séquence politique française des dix dernières années.

Depuis 2016, une partie considérable des commentaires politiques refuse de considérer le Comité Adama pour ce qu’il est : une organisation politique. À l’origine, il y a le meurtre d’Adama Traoré et la mobilisation de sa famille pour obtenir vérité et justice. Mais le comité ne s’est jamais limité à cette seule exigence. Au fil des années, il s’est structuré, a élaboré une analyse du racisme systémique, articulé les questions de classe, de race et de violences policières, construit des alliances et appelé à des mobilisations dépassant largement son histoire fondatrice.

Pourtant, le débat public continue de ramener cette trajectoire collective à une seule personne : Assa Traoré. Une dépolitisation qui n’est pas anodine, puisqu’elle vise à rendre invisibles les pratiques militantes, les réseaux de solidarité, les analyses produites et les campagnes menées. Cette personnalisation produit aussi des formes d’engagement superficielles et distanciées.

Pour une partie des soutiens, un like, un commentaire ou un partage sur les réseaux sociaux finit par remplacer une présence à une manifestation ou une implication dans les campagnes du comité. Elle est aussi entretenue par le champ politique et médiatique, où des responsables se réclamant de la gauche préfèrent parler d’Assa Traoré plutôt que du Comité Adama.

ZOOM : Comité Adama, une décennie…

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Auteur: Fania Noël

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