Dix ans après…

Il faut parfois oser se relire, longtemps après. Surtout quand on fait profession d’émettre une analyse ou une opinion, et qu’on a la chance de disposer d’un espace public de liberté comme Politis. Dix ans après, j’ai donc relu, inquiet, un édito daté du 15 janvier 2015. C’était huit jours après la tuerie de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et d’une policière, et quatre jours après une manifestation dont je soulignais les apories. D’un côté, un grand moment de communion et de ferveur pour la liberté et contre le fanatisme, mais d’une France presque exclusivement « blanche » ; et de l’autre, un cortège où figuraient, toute honte bue, des autocrates et des dictateurs, dont certains avaient du sang sur les mains. Benyamin Netanyahou était là, en première ligne. Il n’était pas encore le pire.


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Comment pouvait-on exalter notre liberté de penser, d’écrire et de dessiner en si mauvaise compagnie ? Ces mots, je les réécrirais volontiers aujourd’hui, avec ce même dégoût des jihadistes, assassins de la liberté, tueurs ivres de haine, mais aussi avec cette même méfiance à l’encontre de la pensée unique, des non-dits et des sommations à se fondre dans un unanimisme si peu conforme à la réalité de notre société. J’y critiquais le slogan « Je suis Charlie » qui, à force d’hégémonie médiatique, conditionnait les esprits, sans échappatoire possible. Sauf à être renvoyé dans le camp des assassins. Il me paraissait étrange par exemple, s’agissant de la presse, que l’on s’interdise de débattre d’un sujet aussi complexe que la confrontation des deux principes inaliénables que sont la liberté et la responsabilité.

Il faut…

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Auteur: Denis Sieffert

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