Dix regards posés sur le massacre de l'hôpital Al Maamadani

Je n’écris pas sur le massacre. On n’écrit pas sur un massacre. Je n’essaie même pas, toute parole serait vaine, et la langue plus étroite que le massacre. Et je n’écris pas sur eux, ceux qui ont vécu le massacre. J’écris sans doute sur nous, qui l’avons vu de nos propres yeux. Ce qui est sûr, c’est que j’écris sur ceux qui, quand ils ont vu le massacre, ont détourné le regard. Comment ont-ils détourné le regard ?

Premier regard

L’occupation israélienne bombarde l’hôpital Al Maamadani à Gaza.

Deux premières images circulent sur le massacre. Une image du bâtiment incendié et d’une ambulance, et une autre, d’un couloir détruit au centre duquel trône un cadavre. Sans y penser, comme par réflexe, je demande qu’on floue le cadavre avant de publier l’image, puis j’efface aussitôt le message et je me dis : pourquoi flouter ? Dans cette image, quelque chose mérite d’être regardé, ce cadavre justement. Regardez le cadavre.


Deuxième regard

Sur Al Jazeera, le correspondant Wael Al Dahdouh circule parmi les cadavres. Il est suivi par le cameraman. Autour d’eux, le massacre. Et des voix qui répètent deux choses : « Des enfants, des enfants » et « Filme, filme ». Ce sont ceux qui ont survécu. Ils se chargent de rassembler les lambeaux, de trouver l’identité de leurs propriétaires, de recomposer les cadavres. Ils n’entendent pas les grondements des avions en arrière-plan. Ils sont ceux qui vont suivre. Et ils ne demandent qu’une seule chose : « Filme, filme ». Ils veulent que nous voyions. Regardez le cadavre, disent-ils.


Troisième regard

Je regarde à nouveau le même extrait. Une fois, puis une autre, puis encore. Une autre phrase est répétée. C’est le correspondant lui-même qui dit :« De loin, de loin, Hamdan, s’il te plaît ». D’une voix calme et patiente, Al Dahdouh répète la phrase, implorant son collègue de filmer de loin. De ne pas montrer le…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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