Dans Une Constitution morte, le journaliste juridique Sébastien Natroll, spécialiste des sujets liés au droit constitutionnel des États-Unis, revient sur les « origines de la réaction américaine » et analyse son rapport au droit, outil essentiel du combat idéologique outre-Atlantique. Il évoque notamment l’enjeu capital de la nomination – à vie – des juges à la Cour suprême par la Maison Blanche, un rôle dont Donald Trump ne s’est pas privé.
Pourquoi parler, à propos de l’offensive réactionnaire, de Constitution « morte » ? S’agit-il d’une volonté des conservateurs de figer les textes constitutionnels dans une lecture prétendument « originelle », celle des intentions supposées des Pères fondateurs ?
Sébastien Natroll : Le titre du livre est emprunté à une expression du juge Antonin Scalia. Amateur de bons mots, il a répondu aux tenants d’une Constitution « vivante » (dont l’interprétation varie avec le temps) que la Constitution n’est pas un texte vivant mais mort. Selon lui (et selon les tenants de l’approche dite originaliste), le sens de la Constitution a été déterminé au moment de sa conception. À la fin des années 1980, l’originalisme dit de « l’intention originelle » a été supplanté par le « new originalism » : il ne s’agissait plus d’essayer de cerner l’intention des auteurs de la Constitution ou des constituants, mais de déterminer le « sens public originel », c’est-à-dire le sens qu’un « lecteur raisonnable et informé » aurait compris à l’époque (donc, à la fin du XVIIIe siècle).
Vous montrez que « la réaction » états-unienne a voulu utiliser le droit – et le système judiciaire – pour imposer ses vues et volontés idéologiques. N’est-ce pas là un domaine qui a échappé aux opposants à Donald Trump, puisque celui-ci avait annoncé avant sa première élection…
Auteur: Olivier Doubre

