Autour de Bayeux (Calvados), reportage
Sous un pommier, une vache rumine. « Ça représente parfaitement le Calvados ! » rigole Arnaud Triomphe, vétérinaire rural, en remplissant un formulaire. L’animal boite un peu. Sa patte avant gauche est blessée et l’os est atteint. Demain, elle s’en ira à l’abattoir. « Si on attend trop, elle sera encore plus maigre », prévient le vétérinaire. Dans son grand imper style inspecteur Columbo, il parcourt les fermes du département à la recherche du moindre symptôme de maladie. Sa venue est à la fois attendue et redoutée, car pour un éleveur, la santé des animaux garantit avant tout sa propre santé économique.
Dans ce milieu, la mort n’est pas un tabou : l’abattoir et les assiettes des consommateurs sont les destinations assignées à ces animaux dès leur naissance. Seule la maladie vient rompre ce cycle. Si elle devient dangereuse pour leurs congénères ou les humains qui consommeront leur viande, les animaux sont euthanasiés. « Il ne faut pas les laisser souffrir », dit Arnaud Triomphe. Dernière solution quand la médecine vétérinaire a épuisé toutes ses armes, l’euthanasie apparaît ainsi comme un « moindre mal » d’un point de vue éthique, analyse Sébastien Mouret, sociologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
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En ce moment, le vétérinaire de 53 ans est particulièrement attentif à tout signe avant-coureur de la fièvre catarrhale ovine, qui arrive en Normandie. « Ce n’est pas aussi grave que la dermatose nodulaire qu’ils ont en ce moment en Savoie, mais ça peut avoir de lourdes conséquences pour les exploitations, notamment une perte de production et des avortements », explique Arnaud Triomphe, qui est aussi vice-président de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV).
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Auteur: Jérémy Piot, Robin Boulé

