Fréjus (Var), reportage
C’est une bicoque provençale de plain-pied, ternie par les années. Girouettes rouillées, cigale en fer forgé, nain de jardin délavé… Le 64 de l’avenue Victor Hugo à Fréjus est le symbole du temps qui passe, et le théâtre d’un drame silencieux. En moins de trois ans, la maisonnette a été complètement enfermée par la construction de deux nouveaux immeubles, la lorgnant de toute leur hauteur et la coupant désormais du soleil. Les habitants, un couple d’octogénaires, y resteront jusqu’à la fin, avant qu’elle ne soit sans doute vendue au promoteur le plus offrant.
C’est l’histoire ordinaire des habitants de Fréjus-Plage. Le quartier pavillonnaire, populaire et loin du centre historique, a été totalement bouleversé en moins d’une dizaine d’années. C’est l’une des conséquences de douze années d’une politique signée par le Rassemblement national (RN), dont le maire David Rachline est candidat à sa réélection aux élections municipales de mars.
En 2016, deux ans après son arrivée à la tête de la ville, David Rachline a passé une modification du plan local d’urbanisme (PLU) du quartier, autorisant la construction d’immeubles de 19 mètres de haut, jusqu’à la limite de la parcelle. Une arme de densification massive, de « bunkerisation » pour Daniel Truong, du Comité de défense de Fréjus-Plage. Entre 2017 et 2018, l’artificialisation des sols de la commune a augmenté de 300 %.
L’ingénieur civil retraité arpente les rues du quartier, désigne ici un nouveau permis de construire, là, un bâtiment sans âme, tout juste sorti du sol. « On ne construit pas pour les gens de Fréjus, on construit pour les investisseurs, les résidences secondaires, etc. Ce faisant vous montez les prix. Et les gens de Fréjus, ceux qui travaillent ici, qui sont retraités aussi, ne peuvent plus rester là. Ils sont obligés de partir en périphérie. »
Car en parallèle,…
Auteur: Eliza Amouret, Juliette Coulais

