Les droits humains peuvent-ils être un outil de mobilisation révolutionnaire ? Et si c’est le cas, comment se construit ce processus qui fait le lien entre des structures et registre de mobilisation qui ne sont pas habituellement reliés ?
Dans son ouvrage Les droits humains armés : guérillas, dictatures et démocratie en Argentine, David Copello répond à ces questions à partir du cas argentin, en suivant la manière dont les gauches faisant face à la dictature se sont renouvelées à partir d’une exigence de respect à des principes à volonté universelle. Nous publions ici le premier chapitre de son livre.
Dans les années 1960 et 1970, l’Argentine a été marquée par une vague de mobilisations politiques sans précédent. Dans sa courte histoire démocratique, le pays a traversé des crises politiques très régulières, marquées par les coups d’État à répétition (en 1930, 1943, 1955, 1962, 1966 et 1976), la succession de régimes militaires ou civico-militaires et l’interdiction de partis et de courants politiques, en particulier le péronisme entre 1955 et 1973[1]. Une étape supplémentaire est toutefois franchie dans la déstabilisation après l’insurrection de la ville de Córdoba en 1969, et la multiplication des organisations révolutionnaires armées sur le territoire. L’existence de ces groupes révolutionnaires a profondément affecté la politique argentine au moins jusqu’en 1977, au moment de leur annihilation physique par la dictature mise en place suite au coup d’État du 24 mars 1976[2]. Cette ébullition révolutionnaire éphémère a également apporté avec elle un déplacement des cadres idéologiques traditionnels de la gauche, rendant possible une hybridation entre militantisme révolutionnaire et défense des droits humains. Je…
Auteur: redaction

