Du barbouillage au prétoire, le combat antipub continue

Vous lisez la partie 3 de notre enquête « La publicité à l’heure du défi climatique ». La 1 est ici et la 2 ici.


Chez les antipubs, l’heure n’est plus aux grosses opérations de barbouillage. Au début des années 2000, on pouvait voir des centaines de militants débouler à visage découvert dans une station de métro pour taguer les publicités à la bombe de peinture avec des slogans anticonsuméristes. Ces actions particulièrement télégéniques avaient mis le mouvement antipub dans la lumière. Jusqu’à ce que les tribunaux ne refroidissent ses ardeurs. En 2004, la régie Métrobus et la RATP ont poursuivi 62 militants, réclamant 1 million d’euros de dommages et intérêts au civil. Chaque accusé a finalement été condamné à une somme de 2 500 euros.

Un petit réseau militant réuni au sein du collectif des Déboulonneurs (ou Barbouilleurs), créé en 2005, en avait néanmoins fait son mode opératoire. « On allait directement à la police après nos actions, pour qu’une procédure de flagrant délit s’ouvre, au pénal, où les arguments moraux ont leur place contrairement au civil », raconte Thomas Bourgenot, vingt ans de combat antipub au compteur et porte-parole de Résistance à l’agression publicitaire (RAP). De procès en procès, ces irréductibles enchaînèrent les tribunes politiques, les condamnations symboliques ou avoisinant les 200 euros et au moins trois relaxes fracassantes, au nom de la liberté d’expression ou de « l’État de nécessité ».

Mais leur énergie militante s’est amenuisée. Le mouvement antipub, incarné notamment par RAP, s’est transformé, remisant l’action frontale pour un travail plus classique de plaidoyer, de veille et de mobilisation. Il travaille avec des ONG de tous horizons, qui portent chacune dans leur domaine un grief contre la publicité.

Adidas, New Balance, Total…

Signe d’un changement de rapport de force, la Convention citoyenne pour le climat s’est alignée en 2020 sur une partie des revendications antipubs. « Il y a vingt ans, on nous prenait pour des gens qui n’avaient rien à faire de leur vie, témoigne Thomas Bourgenot. Depuis trois ou quatre ans, les gens font davantage le lien entre la surconsommation et la destruction du vivant. »

Les avancées réelles restent modestes, mais elles créent des failles dans lesquelles les ONG peuvent s’engouffrer. Grâce à une disposition de la loi Climat et Résilience, une entreprise peut désormais être attaquée en justice pour des allégations environnementales…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Erwan Manac’h Reporterre

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