Cosimo Lisi vient de publier Paris capitale coloniale (éditions Eterotopia), livre dans lequel il donne à voir la manière dont le colonialisme a façonné l’organisation urbaine de la capitale française. Nous vous proposons d’en lire l’introduction.
Dans cet ouvrage, nous proposons une analyse critique de la conception et de l’organisation de l’espace pour comprendre comment ces deux notions servent d’instruments à l’exercice du pouvoir à l’époque moderne. Les sociétés ont toujours organisé leurs espaces de vie, mais la modernité se démarque par le recours à un outil spécifique : la cartographie. Cette discipline s’inscrit dans un processus d’abstraction qui tend à homogénéiser les espaces pour les rendre fonctionnels. Elle organise leur planification et leurs connexions dans le but de gouverner les populations.
Nous retraçons ici l’histoire de l’aménagement de la région parisienne, de ses premières transformations au XIXe siècle par Haussmann, aux modifications dans les années gaullistes. Nous proposons ainsi de montrer comment les expériences et les développements techniques de cette période influencent encore aujourd’hui la planification régionale et les politiques du logement en France. Cela vaut en particulier pour la dite rénovation urbaine, dont nous retraçons une genèse critique.
Notre hypothèse est la suivante : l’intervention de l’État sur la sphère urbaine est le résultat de ce que Franco Farinelli appelle la « raison cartographique »[1] et, surtout, de l’histoire coloniale. Paris, ville-objet d’étude de ce livre, illustre le mieux cette double articulation. Définissons quelques concepts et thématiques préliminaires à ce travail.
L’espace abstrait
En 1974, Henri Lefebvre publie La production de l’espace. Ses analyses, commencées quelques années plus tôt avec Le droit à la ville (1968) et La révolution urbaine (1970), ont participé au…
Auteur: redaction

