Baie de Morlaix (Finistère), reportage
Nos bottes sont puissamment aspirées vers le fond. La bascule tête en avant dans l’eau de mer n’est évitée que de justesse. Sous nos pieds : une vase noirâtre, pâteuse, dont on finit péniblement par vaincre l’effet ventouse.
« Ça devient même pénible de marcher. Nos gars s’usent là-dedans. Pas étonnant qu’on ne trouve plus personne pour faire le boulot », maugrée Marc Le Provost. L’ostréiculteur rejette, de dépit, une poignée d’algues vertes dans l’océan. Ce sont elles, en s’accumulant en quantités astronomiques au milieu des parcs à huîtres, qui finissent par se décomposer en couches sombres et traîtres pour les appuis.
Fort heureusement, ce vendredi 23 août est un jour de grandes marées et nous explorons à marée basse la rade de Morlaix, dans le Finistère. Les pentes les plus élevées de l’estran sont à sec et le reste n’est recouvert que d’une fine couche d’eau, suffisamment placide pour nous éviter la chute. Sur le sable, en revanche, la couleur verte des algues domine largement. Au plus fort du phénomène, au début de l’été, elles recouvraient absolument tout, parfois sur plus de 30 centimètres.
Cela fait plus de cinquante ans que les algues vertes envahissent les côtes en Bretagne. L’excès de nitrate issu de l’agriculture intensive se déverse dans la mer et nourrit ces végétaux, causant leur prolifération. Celle-ci est délétère pour l’environnement et la santé, leur décomposition pouvant émettre un gaz mortel. Ces algues épargnaient jusqu’ici plus ou moins la baie de Morlaix — leur nombre a explosé cette année.
« Cela fait 4 ou 5 ans que les algues vertes ont énormément progressé ici. Cette année, c’est du jamais vu. Même dans les zones où le courant les évacuait, elles se sont accumulées cet été », témoigne Marc Le Provost. Responsable d’exploitation de l’entreprise Les huîtres Cadoret, à…
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Auteur: Vincent Lucchese

