Du Kenya à la France, le masque, signe de ralliement de la génération Z


L’ESSENTIEL

  • En 2020, l’État a d’abord dissuadé la population de porter un masque qu’il ne pouvait pas fournir, avant de l’imposer, jusqu’au collège et au lycée à la rentrée, puis à l’école élémentaire.

  • Dans les mobilisations lycéennes de 2026, le masque chirurgical ou FFP2 protège des gaz lacrymogènes et cache le visage.

  • Des préfets ont interdit les équipements de protection en manifestation ; le Conseil d’État a validé ces interdictions, tout en précisant qu’elles ne visent pas les masques chirurgicaux et FFP2.


Le 20 mars 2020, Sibeth Ndiaye, alors porte-parole du gouvernement, déclarait ne pas savoir utiliser un masque. Son port supposait, expliquait-elle, des « gestes techniques précis ». À la rentrée 2020, l’État le rendait obligatoire au collège et au lycée, puis, en novembre, dès l’école élémentaire.

Depuis, les élèves masqués pendant la pandémie de Covid-19 ont grandi, et ceux qui étaient en fin de primaire sont aujourd’hui au lycée. Si le confinement n’est heureusement plus qu’un souvenir, le masque, lui, a changé de destination. Les grandes mobilisations de 2026, portées par la jeunesse, sont marquées par le retour des masques, contre les gaz lacrymogènes ou pour ne pas être reconnus. Ceux que l’État masquait pour les protéger le portent désormais face à un État dont beaucoup disent ne plus rien attendre.

Objet d’État

Le masque condense bien des errances et des revendications. En géographe attentif aux pratiques et au sort des objets, mais aussi en enseignant, je ne peux qu’être saisi par tout ce qu’incarne aujourd’hui ce petit rectangle de fibres plastiques.
D’abord, la pénurie. En 2009-2010, l’État disposait d’un stock stratégique d’un milliard de masques chirurgicaux et de 700 millions de FFP2 (masques filtrants de protection respiratoire, plus protecteurs que le masque chirurgical). Faute de renouvellement, il ne restait, début 2020, que…

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Auteur: Joseph Bohbot, Géographe, Sorbonne Université