Pendant qu’en France, une partie du pays scrute l’Élysée comme on attend le dénouement d’une série Netflix, et comme si cela allait changer quoi que ce soit au quotidien des Français, à Lima, Rabat, ou Katmandou, de nombreuses mobilisations sont apparues ces dernières semaines, particulièrement portées par une partie de la jeunesse, qui se bat pour un grand nombre de causes : situation catastrophique de l’hôpital, réforme des retraites, coupures d’électricité, etc. Les grands médias ont tendance à y voir des explosions de colère éphémères, alimentées par des frustrations sociales. Ces mouvements ne sont pourtant pas des débordements générationnels, ils expriment au fond une critique systémique du capitalisme.
On a souvent trop tendance à essentialiser la jeunesse, à lui attribuer des qualités ou des défauts qui seraient inhérents à son âge. Dans les milieux militants, le discours oscille souvent entre deux caricatures : d’un côté, l’idée que les jeunes d’aujourd’hui seraient incapables de se mobiliser, contrairement à leurs aînés qui quant à eux auraient connu un âge d’or de l’engagement ; de l’autre, la conviction inverse que tout l’avenir repose désormais sur les épaules d’une jeunesse combative. Ces deux visions, apparemment opposées, participent pourtant d’un même malentendu : elles figent la jeunesse dans une identité homogène, alors qu’elle est, comme toutes les autres catégories sociales, traversée par des contradictions, des contextes et des trajectoires diverses. En ce sens, parler de « Génération Z » comme d’un ensemble cohérent est trompeur. Les individus nés entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010 sont-ils vraiment si différents de leurs prédécesseurs ? Ont-ils une spécificité politique autre que celle d’avoir grandi avec Internet et les smartphones ? L’histoire montre que chaque génération a connu ses moments d’engagement…
Auteur: Guillaume Étievant

