Jean-Luc Debry qui a notamment écrit sur le triomphe du cauchemar pavillonnaire (L’échappée), trace ici le fil qui nous mène de la révolution électroménagère de Moulinex aux cocons 5G des réseaux sociaux. Une petite histoire de l’organisation de la séparation.
Les illusions que porte la croyance dans le progrès technique avec ses promesses miraculeuses, la foi de l’homme rationnelle, ont à chaque fois enfermé le destin de l’humanité dans une forme aliénante, celle à laquelle elle croyait échapper. Elles ont travesti en utopies sa déresponsabilisation. Sa quête de bonheur individuel confiée aux machines a été réifiée comme le furent ses ambitions avant d’être ensuite privatisée. Et la puissance qu’elle lui prêtait, soumis qu’il était au sujet automate, ce Dieu qui réclame une forme de servitude volontaire, a créé ses propres leurres, ainsi la foi dans le progrès, comme pour mieux subir sa domination avec le moins de désagrément possible. D’où l’importance capitale (sic) de l’idéologie dans le cours de sa vie quotidienne.
Et l’électroménager libéra la vie quotidienne
De l’électroménager qui libère le quotidien des corvées d’entretiens aux promesses de la “révolution numérique” qui accompagne la culture du narcissisme devenue le commerce du spectacle de soi, le bonheur est à chaque fois présenté comme une promesse comparable au sens de l’histoire chez les marxistes. Une forme de salut qui conduit du mythe de la marchandise libératrice à l’illusion groupale contenue dans l’usage des réseaux sociaux avec leur culture de l’entre-soi – un lieu abstrait où les bénéfices qu’il en retire permettent à l’individu de se rassurer et de se construire en tant que membre d’un fan club, là où son statut est gratifiant, et lui procure l’illusion de réaliser une utopie ici et maintenant – une communion en somme. De l’aspirateur au sentiment de sa propre importance,…
Auteur: dev

