En France, personne ou presque ne peut nier cette évidence : la puissance du mouvement contre la retraite à 64 ans s’enracine dans le rejet du travail tel qu’il est organisé aujourd’hui. Ce rejet s’exprimait d’ailleurs déjà, au lendemain de la crise du covid, par la « grande démission » et les difficultés de recrutement inédites dont se plaint le patronat. Pour le dire vite, les salariés ne veulent plus d’un travail pénible, intense et dénué de sens.
Ce constat remonte du terrain et les travaux de recherche le confirment. Le mouvement syndical a bien compris qu’il doit s’emparer de l’organisation et du sens du travail, mais il n’est pas bien équipé pour le faire : il est historiquement plus focalisé sur la négociation du travail abstrait que sur la promotion du travail vivant. Le patronat, quant à lui, considère que l’organisation du travail est sa chasse gardée. Peut-être certains résultats de recherches peuvent-ils suggérer des pistes de réflexion (1).
Thomas Coutrot et Coralie Perez, Redonner du sens au travail : une aspiration révolutionnaire, Seuil, 2022.
Premier résultat : la perte de sens du travail n’est pas un déclencheur de l’adhésion à un syndicat. Une personne salariée peut adhérer quand elle craint pour son emploi ou a de mauvais rapports avec ses collègues ou ses chefs, mais pas quand elle éprouve le sentiment de ne pas pouvoir faire correctement son travail. Deuxième résultat : les objectifs chiffrés ou les changements organisationnels permanents ont un impact très négatif sur le sens du travail et la santé mentale, sauf quand les salariés disent qu’ils ou elles ont pu peser sur ces décisions. Cela montre l’importance de développer le pouvoir des salariés sur l’organisation de leur…
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Auteur: Thomas Coutrot

