Du théâtre-documentaire pour changer l'agriculture

Derrière les aliments que nous consommons, il y a des vies de femmes et d’hommes, éperdument amoureux du vivant. C’était l’un des messages de la pièce Nourrir l’Humanité, c’est un métier, que la compagnie belge Adoc a créée il y a dix ans, au lendemain de la crise du lait. Pour le nouveau spectacle de la compagnie, Nourrir l’humanité Acte 2, réalisé par Alexis Garcia, les comédiens Charles Culot avec en alternance Julie Remacle ou Sarah Testa ont procédé à une enquête documentaire, rencontré des personnes, écouté leurs histoires.

Sur scène, ils rapportent leurs mots, nous donnent à voir leurs gestes et leurs silences. Et cette réalité instantanée instruit autant qu’elle émeut, profondément. Aujourd’hui, si le modèle dominant reste celui de l’agriculture intensive, Charles Culot, comédien, fils et frère d’agriculteurs, note que de nombreuses personnes font le choix de produire autrement. Et que ces alternatives prennent des visages multiples : agroforesterie, circuits courts, agroécologie, permaculture…

Une scénographie épurée, et des paroles qui marquent. © Olivier Laval

Deux chaises, une table de cuisine, deux ballots de foin et une lampe. La scénographie est épurée pour laisser toute la place à la parole. De temps à autre, des écrans de télévision s’allument pour diffuser un témoignage direct. Dans l’un d’eux, Philippe Duvivier, président de la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs, se tourne vers la caméra : « Les syndicats ne nous soutiennent plus mais représentent l’industrie agroalimentaire ! » Le reste du temps, ce sont les acteurs qui théâtralisent la parole et imaginent quelques scènes comme un bal sur l’air de Claude François, La ferme du bonheur.

« Le monde agricole, c’est comme le visage d’une société. Ce qui s’y passe touchera quatre cinq ans plus tard le reste de la société », déclare Charles Culot. Individualisme, compétitivité, productivisme : les « maux » présentés sont loin d’être cantonnés au seul secteur agricole. Parmi les difficultés rapportées, il y a d’abord la sensation de travailler sans répit. Puis, celle de ne pas compter : « Celui qui y gagne, c’est toujours le commerçant, jamais le producteur. » Il y a aussi l’isolement dans les fermes, le surendettement ou bien les maladies liées aux pesticides. Un témoignage sur la transformation du métier fuse : « Tout doit être justifié administrativement, t’as toujours peur de pas être en ordre. »

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Auteur: Reporterre

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