Le texte courageux publié par Judith Butler au sujet de la guerre qui oppose actuellement l’organisation palestinienne du Hamas et l’État d’Israël, m’a fait penser que les intellectuels et les politiques français manquent souvent, sur ce sujet, d’une certaine probité qui prémunit celle ou celui qui la pratique de verser dans des discours froidement idéologiques.
Ainsi, je dois dire que, comme beaucoup de gens sensibles à la question de l’émancipation sociale, le discours de beaucoup de ceux qui, en France, se disent de gauche, m’a fait encore plus mal par ses approximations et ses franches erreurs, que la sidérante vacuité qui s’exprime dans les médias dominants. À cette occasion, je ne peux m’empêcher de penser qu’il existe, depuis un moment déjà, une étrange manie française qui consiste à penser que, en matière de politique ’’extérieure’’, la vérité est du côté d’une certaine forme de ’’transgression’’. Il me revient ainsi que Sartre a pu, par exemple, justifier la prise d’otage du commando de Munich, ou encore, que Foucault a soutenu la révolution islamiste iranienne au moment même où celle-ci jetait en prison et torturait les révolutionnaires communistes. À ce goût pour l’abject, s’ajoute le fait que, manifestement, sur les sujets qui touchent au conflit israélo- palestinien, le tiers-mondisme des années 70, et son antisémitisme plus ou moins larvé, n’a pas été assez critiqué.
Le texte de Butler a donc l’immense mérite d’avoir une position morale très claire et très saine. Car, en effet, d’un point de vue moral, il n’y a aucune raison de discriminer entre les morts, les torturés, et les mutilés de l’un ou l’autre camp. Il est, en effet, totalement sophistique, et du plus pur cynisme, de lier et de réviser ceux-ci à la lumière d’une lecture purement politique – ou plutôt purement idéologique – , laquelle justifierait de juger qu’il y a des…
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Auteur: dev

