Vous lisez l’enquête « Eacop : emprise Total, résistances locales ».
C’est l’un des projets d’extraction d’énergie fossile les plus titanesques en cours de réalisation, loin de nos regards, et qui nous concerne pourtant toutes et tous : Tilenga-Ecaop, de plus de 1 400 km à travers l’Ouganda et la Tanzanie. Un oléoduc chauffé battant tous les records, dans le but d’exporter du pétrole ougandais vers le monde entier : pour nos voitures, nos avions, notre plastique, nos cosmétiques. Reporterre vous emmène tout au long du tracé, à la rencontre des habitants et des paysages bouleversés.
District de Hoima (Ouganda), reportage
Tout en relief, les terres cultivées baignent dans la douce lumière du soleil de fin d’après-midi. Des vallons de parcelles de haricots, de cassava — le nom donné au manioc en Ouganda —, à perte de vue. Mais en plein milieu, sur 30 mètres de large, la terre a été mise à nu. Plus d’arbres, de plantations. Comme une déchirure dans le paysage, la terre brune a été retournée, préparant la future tranchée du projet Tilenga-Eacop de TotalEnergies.
Dans le district voisin de Buliisa, le pipeline de la multinationale française — visant à faire traverser du pétrole sur plus de 1 400 km entre l’Ouganda et la Tanzanie pour l’exporter —, était bien visible, déposé à l’air libre en attente de son enfouissement. Ici, en plein cœur du district de Hoima, l’immense tuyau n’est pas encore arrivé : mais il ne saurait tarder.
Kato Costa Baigusa cultive ici ses terres depuis des années. Un peu plus de 1 200 m2 de cultures, désormais accolées à cet arasement de 30 mètres de large. L’homme aux gestes amples, pantalon gris bouffant rentré dans ses bottes, est mécontent. Il y a quelques jours, ses terres ont été inondées après le passage de la pluie. Une fois de plus. « Regardez ici, la boue que les inondations ont laissée ! » peste-t-il, chemise…
Auteur: Gaspard Njock, Maïa Courtois

