École à distance, pirogues bloquées : un « super El Niño » bouleverse la vie des Guyannais

Grand-Santi (Guyane), reportage

À l’exception du lointain bourdonnement d’un moteur de pirogue, le silence règne à Beli Kampu, l’un des 150 hameaux répartis le long du fleuve Lawa, qui dessinent l’étonnante commune de Grand-Santi, isolée dans l’ouest de la Guyane, à la frontière avec le Suriname. Quelques habitants lézardent dans leur hamac, à l’ombre d’un manguier ou sur la terrasse d’un carbet, une petite maison en bois ouverte aux quatre vents, typique d’Amazonie. La chaleur étourdissante ne laisse de toute façon la place à aucune autre activité. Même la forêt dense qui cerne le petit village semble s’être tue, abattue par les températures extrêmes.

Depuis le mois de juillet, la Guyane, comme l’ensemble de l’Amazonie, est en proie à une sécheresse historique, conséquence locale du dérèglement climatique et d’un El Niño surnommé « Godzilla ». Cette variation naturelle du climat entraîne une hausse des températures à l’échelle planétaire, des sécheresses en Océanie et une augmentation des précipitations sur la côte ouest de l’Amérique du Sud et sur la Corne de l’Afrique.

À Beli Kampu, la vie ne reprendra son cours qu’à la nuit tombée. En attendant, pour s’extraire un instant de la moiteur, il faut se rendre du côté du fleuve où circule encore un peu d’air frais. Et se heurter à un paysage désolé dont on devine la magnificence passée à la hauteur des rives asséchées. Sur les berges du Lawa, la terre craquelée laisse ressurgir des amas de déchets jusque-là profondément immergés.

« Bientôt, les pirogues ne pourront plus passer »

« Il n’a pas plu depuis plus d’un mois et il fait beaucoup plus chaud que les autres années. Le fleuve a déjà reculé de presque 12 mètres. Bientôt, les pirogues ne pourront plus passer », observe Donald Dada, le référent local de la commune, dont le ton bonhomme tranche avec la gravité des propos.

Pour le…

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Auteur: Enzo Dubesset