La notion de neutralité est constamment revenue dans mon parcours professionnel : quand j’étais formatrice “laïcité et valeurs de la république” pour des animateur.trices périscolaires du secteur public, et quand j’étais enseignante ou intervenante dans le secondaire. Il m’a rapidement semblé que l’obligation de neutralité pour les fonctionnaires (qui s’étend désormais aux salariés du privé en délégation de service public) inscrite dans la loi1 et martelée à coup de formations et de rappels à l’ordre, était mobilisée principalement envers celles et ceux suspectés de ne pas respecter la laïcité ou la neutralité simplement du fait de leur origine/religion réelle ou supposée, ou bien parce qu’ils avaient des discours se rapprochant des valeurs de gauche (valeurs progressistes, questionnements sur l’organisation du travail et les rapports hiérarchiques, dénonciation des discriminations etc). J’ai pu faire ce même constat en milieu scolaire : d’une part, mes collègues qui avaient des discours de droite étaient bien moins embêtés par l’institution que ceux plutôt marqués à gauche, d’autre part, les élèves d’avance suspectés d’être non neutres étaient ceux et celles perçus comme musulmans. Dans Le Génie Lesbien, Alice Coffin a cette phrase “la fable de la neutralité est un vaste mensonge destiné à asseoir le pouvoir narratif de certains” (p. 51). Son essai s’attaque à la prétendue neutralité journalistique qui voudrait faire du point de vue masculin, blanc bourgeois de droite l’emblème du “neutre”. Et si la neutralité de l’État, de ses institutions et de ses “agents” était avant tout une arme pour faire taire certaines identités et certaines idées ?
La fable de la neutralité républicaine
Le 10 octobre 2023, la présidente de l’Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet arborait un pin’s avec le drapeau israélien sur sa veste en séance. Zéro sanction,…
Auteur: Juliette Collet

