Où êtes-vous ? Où sont passés nos cris et nos colères, jetés à la gueule des puissants ? Dans quelle anfractuosité se sont-ils cachés ? Dans quel océan de rancœur se sont-ils dilués ? Pourquoi avons-nous rangé nos gilets ?
Partout, les prix augmentent, les inégalités explosent, la catastrophe nous assaille. Mille raisons nous oppressent. Et vous n’êtes plus là. Nous devons apprendre à vivre dans les restes d’un rêve, à habiter le manque, à lui survivre, à honorer nos mémoires. Il est rare de voir ceux d’en face trembler et de sentir en nous la force de tout renverser.
Mettre le capitalisme vert en échec
Les samedis enfiévrés sur les Champs-Élysées, les assemblées communes, les cabanes sur les ronds-points, la solidarité par le bas, le débordement des cadres institués… Six ans sont passés, mais les leçons politiques des Gilets jaunes nous hantent encore. L’irruption de la révolte a posé les bases d’une mue. Elle a pris de court les garants de l’ordre existant et embrasé le pays. Son incandescence a fait voler en éclat les mythes d’une transition écologique imposée par le haut. Elle a mis le capitalisme vert en échec, avec ses taxes pour les uns et ses dorures pour les autres.
Pendant des mois, les mobilisations populaires ont dicté l’agenda. La rue a imposé son tempo. L’horizontalité du mouvement le rendait insaisissable. Nous étions ingouvernables.
On sait ce qui s’est joué ensuite. Le retour de bâton. La répression. La violence. Le pouvoir qui s’arc-boute et se défend comme un enragé, qui invente des artefacts et des débats bidons pour détourner la colère ou la neutraliser. Dans les milieux militants, nous avons connu l’échec et le deuil, l’absence et le vide. Les rues qui retournent à l’ordre marchand, les centres-villes quadrillés par la police et la pandémie qui nous confine.
Nous…
Auteur: Gaspard d’Allens

