C’est peu dire que nous n’ignorons rien. Les données, les rapports d’experts, les scénarios prospectifs : même les brouettes et les chats sont au courant de tout ici-bas. L’heure n’est plus à l’alerte mais au tracé, net, d’une voie. Pour ça il nous faut quelques mots. Dont un, surtout, sans lequel nous vouons les Terriens, humains ou non, à vivre sous l’empire du feu.
Au mois de mai dernier, le philosophe japonais Kohei Saito, penseur désormais incontournable du camp de l’affranchissement, s’est entretenu avec le média Asahi Shimbun. À la question de savoir que faire face au changement climatique – que nous qualifions, quant à nous, de guerre écocidaire mondiale –, l’auteur répond : il faut mettre sur pied une nouvelle organisation internationale de la production et de la répartition des biens et des ressources afin de ne plus les laisser à la merci du marché. Puis il répond vraiment : « Et le système capable de le faire n’est pas le capitalisme, mais le socialisme. » Voilà le mot mis sur la table. « Socialisme » (社会主義). Autrement dit l’idée, séculaire et planétaire, d’égalité. La possibilité de la vie bonne pour le nombre immense. Le rendez-vous de tous les rêves de justice. La maison commune, à la fois locale, nationale et internationale, des combats justes. Bien sûr, Saito sait que l’idée socialiste suscite volontiers un geste de recul. Au Japon, précise-t-il, son image est «particulièrement négative » : le fantôme du totalitarisme rode toujours. Le 1er janvier 2026, jour de l’entrée en fonction du socialiste électoraliste Zohran Mamdani à la mairie de New York, le président argentin Javier Milei, climato-négationniste illustre, a même appelé à la mise en place d’une sorte d’internationale contre « le cancer du socialisme ». Bien peu sont, pourtant, ceux qui s’aventurent de nos jours à hisser haut le mot banni. Ce peu-là est trop pour un capitaliste….
Auteur: Joseph Andras

