Un jour la lecture des plus nourriciers alourdit sans peser. Mais lire de ses frères trouvés remet droit : ils sont des aînés récents, dans l’obsession de la finitude. Ils ont subi plus que nous l’intensité d’une domination jamais vraiment assumée par ses tenants. Contraints à la vérité de ce qu’on leur a laissé, ils ont situé un temps prenant déjà un autre visage.
Par errance, ceux appelés « auteurs » suivent ce que leur temps ne nécessite plus (je parle de rapport au réel). Ce qui irrigue et fertilise, s’ils s’en nourrissent, et dévie dans l’irréalité s’ils s’y laissent porter, sans saisir les berges nouvelles. La sourdine du malheur fin de siècle perçue par un Demangeot, que je fus incapable d’endurer avec véracité comme il l’a fait, cet enlisement, ont engendré des témoins de ce temps ectoplasmique : avec son entropie brumeuse, ses formes atones, son espérance sans muscle. Je l’ai haï dans la jeune poésie française, comme un ton de l’époque. Et ce courant morbide continue.
L’impasse dont je parle est autrement valeureuse.
La mort que Demangeot se donne face au monde, une mort de résistant qui sait tout le prix de la vie et la chasse que lui fait ce monde (et ne veut pas se laisser prendre) — est arrêtée, et probe. Il n’inscrit pas des tueries mais tout le langage et son théâtre de papier sont mort, chez lui, le blanc de page avec ses pendus alignés, la torsion érotique du fil musical aussi — un nihil regardé en face pour lutter contre lui, comme le lit Victor Martinez. Sa justice en un moment de vérité couvant. Notre Villon exposait paradoxalement (son obscénité) un lien loyal à la vie, avec toute sa finesse de conscience.
La sourdine s’est manifestée : d’infiltration à déchirure. L’apocalypse est maintenant là. Le danger surpuissant (le langage qui maintient l’ordre s’en sert et le cache, selon ses intérêts) nous incite aujourd’hui, faute de…
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Auteur: dev

