Un éclaireur de la pensée écologiste s’en est allé. Le philosophe Edgar Morin est décédé le 29 mai, à l’âge de 104 ans. Antifasciste libertaire pendant la guerre d’Espagne, résistant au nazisme sous l’Occupation, cet intellectuel populaire n’a eu de cesse depuis les années 1970 de réfléchir, ajuster, convaincre de la nécessité d’une écologie politique.
Reporterre — Edgar Morin, croyez-vous encore à la politique ?
Edgar Morin — Cela dépend de ce que vous entendez par là. Je crois en la nécessité d’une pensée politique pour une action politique. Ce que je vois, c’est que le vide de toute pensée politique dans les représentants de tous les partis de pouvoir ou d’opposition, un vide rempli par le fait d’être à la remorque d’un économisme, qui n’est même pas l’économie stricto sensu, mais une doctrine de l’économie néo-libérale, avec des mots gri-gri, comme croissance, résorber la dette, compétitivité, etc.
Donc, je vois une situation très dommageable, très grave, très menaçante, mais je pense à la nécessité d’une reconstruction d’une pensée politique, qui est un préalable.
Vous allez réunir des gens qui représentent des partis politiques, la gauche, tout ça, mais il y a aussi une fermentation de pensée politique dans des associations et dans des groupes qui n’ont pas officiellement d’étiquette politique, mais qui portent à mon avis les germes d’un renouveau politique.
Vous avez eu un entretien avec Alain Caillé, qui promeut le convivialisme. Ce mouvement du convivialisme est très important à intégrer dans la pensée politique. Le thème de la convivialité a été introduit dès 1970, par Ivan Illich, en même temps que le message écologique.
Mais alors que le message écologique a fini par prendre – pas aussi puissamment qu’il devrait l’être -, parce qu’il y avait des choses visibles, Tchernobyl, Fukushima, les pluies acides, le…
Auteur: Hervé Kempf

