Edgar Morin, l'écologie comme une preuve

Edgar Morin est mort à 104 ans, laissant derrière lui une œuvre immense, sinueuse, et parfois intimidante, souvent citée, moins souvent lue jusqu’au bout. Dans le grand vestiaire des penseurs du XXᵉ siècle, on le range volontiers parmi les sociologues, les philosophes, les humanistes, les inclassables. Mais, il faut lui garder une place du côté de l’écologie. Non pas parce qu’il aurait théorisé les hoquets du climat comme un climatologue ni parce qu’il aurait arpenté les zones humides en bottes, carnet naturaliste à la main. Son apport est ailleurs : Edgar Morin a tenté de donner à l’écologie ce qui lui manque cruellement dans le débat public, une pensée capable de tout relier.

Relier les crises entre elles. Relier l’économie au vivant, la technique au politique, la science à l’incertitude et l’humain à la biosphère. Relier sans tout écraser dans un vaste brouillard mental, relier dans le soin de la complexité. Chez Morin, la complexité n’est pas un mot pour faire savant ou pour renvoyer l’action aux calendes grecques. C’est une discipline mentale, une hygiène de l’intelligence. Une façon de résister à cette vieille passion moderne : découper le monde en petites tranches administrables, puis s’étonner que le réel déborde de partout !

Une crise de notre manière d’appréhender et de comprendre le monde 

C’est là, sûrement, que sa pensée rejoint le plus fortement la crise écologique. Car cette crise n’est pas seulement une affaire de CO2, de biodiversité, de sécheresses, de forêts en flammes ou de glaciers disloqués. Elle est aussi une crise de notre manière d’appréhender et de comprendre le monde. Nous vivons dans des sociétés capables de mesurer, modéliser, mettre en équations, extraire, optimiser, mais qui peinent à saisir les rétroactions, les dépendances, les effets en cascade, les corrélations. Nous savons isoler des indicateurs mais pas habiter un…

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Auteur: Laure Noualhat

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