La Croix : Comment en êtes-vous arrivé à devenir charpentier sur le chantier de Notre-Dame ?
Édouard Cortès : C’est à la suite d’une rencontre fortuite avec le directeur des ateliers Perrault que j’ai rejoint ce chantier. J’avais taillé à la hache et à l’herminette un chêne dans l’idée de descendre la Loire en pirogue, et il cherchait précisément des équarrisseurs – capables de tailler du chêne vert à la main, comme autrefois, ce qui est assez rare aujourd’hui…
Je crois, comme Einstein, que le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito : c’est comme ça que la « forêt » de Notre-Dame m’a sorti de la cathédrale de verdure où j’avais vécu jusqu’alors. J’avais en effet passé, trois ans plus tôt, un printemps au sommet d’un arbre, dans une cabane que j’avais construite moi-même. Un voyage immobile. Puis, à l’automne 2021, j’avais descendu la Loire avec cette pirogue. Et je suis alors engagé et formé comme charpentier à la hache pour ce voyage dans l’histoire.
Des forêts que j’aime au chêne que je travaille, il n’y a qu’un fil. Restituer une charpente médiévale, c’était un projet formidable. J’ai d’abord passé six mois à l’équarrissage, au lignage et au levage à blanc de la charpente du chœur aux ateliers Perrault, en Anjou. Puis, pour le compte de deux autres sociétés, j’ai travaillé six autres mois à clouer des voliges dans la « forêt » de Notre-Dame, dans l’abside, la nef et le transept.
Comment avez-vous vécu la visite de chantier d’Emmanuel Macron en présence de tous les artisans réunis, le 29 novembre dernier ?
E. C. : J’imagine bien que Macron est entré dans la cathédrale pour rendre hommage à Notre-Dame et non pas parce que les historiens établissent qu’elle fut bâtie sur un ancien temple dédié à Jupiter ! Au-delà de cette boutade, ce fut un moment très beau, un discours du président très ajusté, et nous étions…
Auteur: Recueilli par Sophie Le Pivain

