Pour Philippe Godard, l’émancipation commence dès l’enfance. L’auteur, plusieurs fois publié chez Mr Mondialisation, nous invite aujourd’hui à repenser la « fabrique » des filles et garçons, afin de rompre avec le patriarcat et les rôles imposés. Et s’il suffisait d’une pédagogie non genrée pour libérer l’avenir de toute forme de domination ? Loin des polémiques artificielles, une réflexion de fond, urgente.
« On ne naît pas femme, on le devient ! » relève de nos jours de l’évidence – et heureusement ! L’affirmation en miroir est tout aussi vraie : « On ne naît pas homme, on le devient », avec tout le cortège de soumissions qui s’attache aux femmes, de virilisme et de domination que traînent les hommes… Une caractéristique non pas absolue, mais assez généralisée et dont les mâles profitent, à l’inverse de ce qui est attaché au statut des femmes.
Une question cruciale se dissimule derrière ces affirmations : puisque nous sommes les produits d’une construction sociale à l’œuvre dès la naissance, celle qui nous fait « devenir » femme, ou homme, pourquoi ne pourrions-nous pas envisager de nous construire autrement ? Et même de lutter contre ce qui nie les femmes, et contre ce rapport qui ne profite qu’aux hommes ? De détruire cette éducation qui transforme les filles en femmes (soumises) et les garçons en hommes (dominateurs) ?
Posons donc cette double affirmation à un autre niveau, à un autre âge, puisque nos parents et le monde adulte en général nous font d’abord devenir des filles et des garçons pour qu’ensuite nous devenions des adultes conformes, femmes ou hommes :
« On ne naît pas fille, on le devient. »« On ne naît pas garçon, on le devient. »
Car si être femme est très largement une construction sociale, familiale, éducative et surtout normative, s’il en est de même pour les hommes, alors, le plus déterminant de cette construction se produit durant…
Auteur: S. H.

