Effleurer l'avenir. Notes sur le technofascisme

« L’avenir appartient à ceux qui savent perforer le présent », écrit Cindy Coutant au début de son excellent Pénétration terminale, dernière publication des éditions Audimat. Perforer, c’est traverser ; mais traverser d’une façon bien particulière : traverser en vue d’atteindre, d’arriver – traverser pour arriver. Perforer semble être cet impératif de l’époque que, il y a presque trente ans, un groupe d’auteurs anonymes décrivait ainsi « il faut supprimer le trajet ; il est impératif d’arriver seulement ».

Perforer, c’est donc performer afin d’atteindre le plus rapidement, le plus efficacement possible, c’est trouer tout ce qui sépare de la fin, c’est performer l’atteinte. Cette performance ne va pas sans force, sans efficience, sans vigueur, elle est la promesse de la technologie, et des discours qui la sous-tendent relevant d’une « grammaire rigide de la perforation ». Il est question partout dans l’ouvrage de cette rigidité érectile comme imaginaire et cap du technofascisme. Seul un être rigide peut, en effet, « tout défoncer sur son passage » – c’est-à-dire arriver à ses fins. Mais ce passage n’est pas infini, il ne peut être une dérive, liquide ou molle, un détour à jamais inachevé, figures du looser – de l’échoué – qui ne parvient pas. La perforation, la pénétration doivent être terminales. Coutant reprend l’expression à la balistique (une science des balles, une science des projectiles, donc, une science du projet) :

La pénétration terminale désigne la capacité opérationnelle de pénétration d’un projectile durant l’ultime phase de sa trajectoire : précision d’impact, capacité de percée, étendue des dommages selon sa nature anti-personnelle ou anti-matérielle. Si la balistique étudie les trajectoires sous tous leurs aspects, la balistique terminale est la branche scientifique qui étudie le moment où le projectile n’a plus…

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Auteur: dev