La Croix : Donald Trump entretient une relation très conflictuelle avec les médias. En a-t-il toujours été ainsi ?
Alexis Pichard : Avant de s’engager en politique, Donald Trump s’entendait très bien avec les médias, y compris avec des médias progressistes comme le New York Times ou CNN. Mais lorsqu’il est entré en campagne pour l’élection présidentielle de 2016, il a dû se confronter à eux. Le désamour est arrivé assez vite, dès lors qu’il a commencé à s’en prendre de manière très virulente à l’immigration et notamment aux immigrés en provenance du Mexique, qu’il qualifiait de criminels, de violeurs…
Le divorce a donc eu lieu à ce moment-là, et les choses n’ont cessé de s’envenimer ensuite. Donald Trump s’en est pris de plus en plus vertement aux médias qui le contredisaient, en les traitant de « fake news media » (« média infox »). Au moment de sa première investiture, ces mises en accusation se sont encore accentuées et on a vu émerger la qualification – que l’on doit à son ancien conseiller Steve Bannon – d’ennemis du peuple. Les médias chargés d’informer les citoyens pour garantir un socle démocratique sont devenus leurs ennemis.
Dans votre livre, vous parlez de « l’illusion d’une guerre » entre Trump et les médias. Qu’entendez-vous par là ?
A. P. : Une interdépendance s’est construite entre Donald Trump et les médias qu’il dit honnir. C’est lui qui a orchestré cette guerre, en attaquant les médias progressistes sur tous les aspects, sur leur santé économique, leur éthique, en affirmant qu’ils relayaient de la désinformation en permanence et qu’ils ne faisaient pas un compte rendu juste de sa présidence.
Cette véhémence a conduit ces organes de presse – le New York Times, les chaînes NBC, MSNBC ou ABC News – à adopter dès 2017 une position de gardiens de la démocratie, à entrer dans une forme de résistance. Elle s’est manifestée…
Auteur: Recueilli par Maud Guilbeault

