Non, Trump n’a pas changé d’avis sur l’Ukraine. Non, il n’a pas opéré un « tournant radical », comme on le lit et l’entend ici et là. Il ne fait que tomber du côté où il penchait depuis son retour au pouvoir, en janvier 2025. On a seulement assisté ces derniers jours à une soudaine accélération du soutien au dictateur russe. Si ses fondamentaux n’ont pas changé, la conjoncture l’a incité à mettre bas un masque qui ne trompait guère que les naïfs et les complices. En vérité, Trump est pris de panique. Les élections de mi-mandat sont dans trois semaines et les sondages sont toujours aussi calamiteux pour le camp républicain. Le prix du diesel est au plus haut et son propre électorat ne décolère pas. Il fallait agir sur les cours et, plus encore, trouver un responsable à ce désastre électoral annoncé.
Trump est l’allié naturel de Poutine.
C’était ou lui, qui a semé le chaos au Moyen-Orient, ou Poutine, qui poursuit sa guerre aussi meurtrière qu’économiquement coûteuse, ou Zelensky, victime expiatoire qui refuse de capituler. Trump a évidemment choisi de cibler le président ukrainien. Non seulement parce qu’il apparaît à ses yeux comme étant le plus faible, mais surtout parce qu’il représente tout ce que le président américain déteste : l’Europe, et l’aspiration à la démocratie. En cela, Trump est l’allié naturel de Poutine. Joignant l’utile à l’agréable, il a levé les sanctions à l’encontre de la Russie, libéré le bras du crime au moment où celui-ci est le plus meurtrier, et alimenté ses cuves de diesel en espérant donner quelques gages à l’électeur de Virginie et de l’Ohio.
Il n’est pas sûr que ce triple pari soit gagnant. Il est peu probable que les quelque 410 millions de tonnes de carburant que Trump espère importer de Russie aient l’efficacité escomptée à la pompe du consommateur…
Auteur: Denis Sieffert
