Élections en Inde : la politique des marges marque un point

Les résultats des élections nationales indiennes, annoncés début juin, ont mis en doute l’acuité des prévisions qui annonçaient unanimement la National Democratic Alliance (NDA) – la coalition sortante menée par Narendra Modi et son Bharatya Janata Party (BJP) – largement en tête. En effet, elle n’a obtenu qu’une majorité fragile. La coalition d’opposition menée par Rahul Gandhi (Indian National Development Inclusive Alliance, INDIA), qui rassemble 37 partis, régionaux pour la plupart, sort quant à elle renforcée : dans un contexte de quasi-hégémonie du BJP (notamment sur le plan institutionnel et médiatique), sa performance passe pour une remarquable victoire politique.

Les sondages pré-électoraux estimaient que la NDA remporterait entre 306 et 411 sièges sur 543. Persuadé de son invincibilité, Modi avait même pris comme slogan de campagne « au dessus de 400 » (« 400 par », en hindi). Cet excès de confiance s’est pourtant retourné contre lui et son camp. L’opposition n’a pas manqué l’occasion de souligner les menaces qu’une telle ambition faisait planer sur les minorités religieuses, sur les protections constitutionnelles des Dalits (« intouchables »), ainsi que sur le caractère séculier du régime.

Atteindre une majorité des deux tiers (située à 362 sièges) aurait en effet permis au BJP d’entamer des réformes constitutionnelles décisives dans la perspective qui lui est prêtée de mise en place d’un État théocratique hindou. Mais avec un résultat de 293 sièges pour la NDA (60 de moins qu’en 2019), dont seulement 240 pour le BJP (63 de moins qu’en 2019), le troisième gouvernement Modi devra à présent ménager les réticences de ses partenaires d’alliance vis-à-vis de son idéologie d’extrême droite, l’Hindutva (littéralement, l’hindouïté).

Pourquoi les sondeurs se sont trompés

Ces élections ont ainsi fait surgir l’ampleur de la désaffection populaire…

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Auteur: Nicolas Jaoul, Anthropologue, chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au Laboratoire d’Anthropologie Politique (LAP), Paris., École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

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