Élections européennes 2024 : « Cessons de transformer Jordan Bardella en héros romanesque ! »

À l’approche des élections européennes et de sondages plaçant le Rassemblement national (RN) à 30 %, le phénomène Jordan Bardella intrigue, inquiète et suscite une forme de fascination. Ses adversaires bouillent d’indignation de son art de l’esquive et dénoncent son incompétence et son absentéisme à Bruxelles. Les portraits évoquant sa jeunesse en Seine-Saint-Denis, dans un milieu modeste, son physique avantageux, son souci des apparences, son obsession du « coaching » – y compris pour son sourire — et ses vidéos TikTok donnent à voir un personnage quasi romanesque, en phase avec l’époque. Avec une conclusion implicite : sa réussite insolente serait un enseignement, elle nous dévoilerait de nouvelles manières de faire de la politique, il serait l’incarnation typique de ceux qui vont y réussir.

Quelle fable ! Il semble que le goût de la narration – le fameux storytelling – et la nécessité de toujours alimenter la machine événementielle l’aient désormais emporté sur le bon sens. Oui, Jordan Bardella est beau gosse, révolutionne les codes des meetings politiques en les organisant en boîte de nuit et reste calme pour proférer des énormités. Son aplomb médiatique est indéniable. Et les résultats des sondages de la liste qu’il conduit sont excellents.

Et alors ? Cela interdit-il de s’apercevoir qu’il ne connaît pas ses dossiers, refuse de répondre sur tous les sujets qu’il aurait à traiter s’il était au pouvoir, qu’il s’exprime par slogans – la « submersion migratoire » est visiblement pour lui une expression de génie. Cela interdit-il de le pousser dans ses retranchements ? Il semble qu’une étrange paralysie se soit emparée de ceux qui l’interrogent, le racontent ou le combattent, sans doute parce qu’ils lui prêtent déjà la puissance d’un résultat électoral qui, rappelons-le, n’est que virtuel.

Exercice d’illusionistes

Ce n’est pourtant pas le moment…

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Auteur: Lucile Schmid