2 000 milliards : c’est le nombre d’animaux non-humains tués à travers le monde, chaque année, pour la seule alimentation humaine. Qui, pourtant, a déjà vu de ses propres yeux un abattoir ? Un veau apeuré poussé à bord d’un navire bétailler ?
Dans son ouvrage De la cage à l’abattoir, publié aux éditions Payot en mars, le philosophe et spécialiste de l’architecture Mickaël Labbé analyse la manière dont les structures d’exploitation animale ont été soustraites à notre regard. Cette invisibilisation anesthésie notre empathie, et rend possible la poursuite des violences à l’égard des autres animaux.
Reporterre — Avant d’écrire ce livre, vous avez travaillé sur « l’architecture du mépris », qui se manifeste notamment via l’implantation de dispositifs « anti-SDF », et pousse certains à se sentir illégitimes dans l’espace urbain. Pourquoi vous êtes-vous cette fois penché sur les conditions spatiales de l’exploitation animale ?
Mickaël Labbé — Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont les formes architecturales véhiculent des messages politiques. Lorsque l’on met des bancs « anti-SDF » sur une place, on n’exerce pas une violence directe sur les populations ciblées, mais on leur adresse un message : qu’elles ne sont pas les bienvenues, qu’on les considère comme des citoyens de seconde zone.
Cela fait longtemps que je réfléchis aux questions animales. J’ai essayé de voir comment certaines formes de bâtiments ou d’organisations du territoire peuvent, là encore, invisibiliser des catégories sociales marginalisées — les animaux non-humains, en l’occurrence.
Plus de 882 millions d’animaux terrestres sont abattus chaque année en France. Ce nombre inouï d’êtres vivants est pourtant complètement absent de notre paysage quotidien. Vous-même n’avez découvert qu’à 40 ans que vous aviez grandi à côté d’un abattoir… Comment cette…
Auteur: Hortense Chauvin

