Élevage, protéines animales et protéines végétales : ce qu’il faut savoir pour y voir plus clair

À l’urgence climatique, à l’injonction de ne pas dépasser les limites planétaires – perturbation du cycle de l’azote, érosion de la biodiversité – et aux crises sanitaires, s’ajoute maintenant le débat sur la sécurité alimentaire du fait de la crise en Ukraine. L’élevage et la consommation de produits animaux jouent un rôle clef dans ces crises interdépendantes.

Or, dans les champs scientifiques, médiatiques ou politiques, les visions portées et les solutions promues sont souvent focalisées sur un enjeu et s’appuient donc sur un nombre limité de critères. Ce réductionnisme soutient des politiques publiques en silo qui ne s’attaquent pas aux racines des problèmes voire ne font que les déplacer.

Il crée aussi de la confusion chez les consommateurs en polarisant l’attention soit sur les impacts négatifs de l’élevage et de la consommation de protéines animales, soit au contraire sur les services qu’ils rendent.

Pour être à même de hiérarchiser les enjeux et d’avoir un point de vue critique argumenté sur les politiques et les informations qui circulent, penchons-nous sur trois questions : que sait-on des atouts et limites des protéines animales et des protéines végétales ? Quel est le niveau de compétition entre l’alimentation des animaux et la nôtre ? Pour une même production animale, les différentes façons de produire se valent-elles ?

Des produits animaux plus impactants

Il est clairement établi que les produits animaux ont un impact sur les ressources (énergie, surface, eau) et sur l’environnement (émissions de gaz à effet de serre, pollutions azotées) bien supérieur à celui des produits végétaux, céréales et surtout légumineuses.

Les ruminants (bovins, ovins) affectent par ailleurs jusqu’à cinq fois plus l’environnement que les monogastriques (porcs, volailles). La viande issue de troupeaux laitiers, tout comme le fromage, ont cependant moins d’impacts que ceux provenant d’élevages spécialisés en bovin viande.

Environ 50 % de l’azote apporté en agriculture est perdu dans l’eau et dans l’air. Ces pertes qui contribuent à l’érosion de la biodiversité, à l’eutrophisation des eaux et aux émissions d’ammoniac sont nocives pour notre santé et sont 10 fois plus importantes pour les productions animales en comparaison des cultures.

Comparaisons relatives de la consommation de ressources (surface, énergie et eau) et d’impacts sur l’environnement (émissions de gaz à effet de serre, pertes d’azote) pour les principales sources de protéines ; valeurs (m², mégajoule, litres d’eau, g d’azote et kg de CO₂) pour 100g de protéines dans le cas de la viande bœuf issue de troupeaux spécialisés pour la viande.
Auteurs à partir de données des études citées ci-dessus

Les enjeux en matière de santé

En matière de santé, notre consommation moyenne de protéines excède les recommandations d’environ 30 % et les besoins de 50 %. Un régime plus végétalisé est meilleur pour la santé, et jusqu’à 50 % de protéines végétales dans notre assiette, les apports en acides aminés sont équilibrés. À partir de 70 %, l’équilibre entre acides aminés n’est pas satisfaisant, mais cela peut être corrigé en associant des légumineuses à des céréales à l’échelle du repas.

Un régime alimentaire plus végétalisé que la moyenne est donc plus bénéfique pour la santé et l’environnement. En France, il a été montré que le 1/5e de la population française qui suit les recommandations alimentaires pour les protéines animales (0,55g par kg de poids corporel par jour) émet 2 fois moins de gaz à effet de serre et nécessite 2 fois moins de surface agricole que le 1/5e qui en consomme le double.

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Ces données scientifiques permettent de définir un ordre de grandeur pour la baisse de la consommation de produits carnés qui serait de l’ordre de 50 % pour respecter les limites planétaires notamment pour le climat et l’azote.

Ignorant ces données scientifiques, les débats sur la place des protéines animales et végétales, ainsi que sur le niveau de consommation de viande sont souvent mal posés. Il est cependant…

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Auteur: Michel Duru, Directeur de recherche, UMR AGIR (Agroécologie, innovations et territoires), Inrae

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