Basta! : En septembre, l’ancien président (2019-2022) brésilien Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. Sept anciens de ses collaborateurs ont écopé en octobre de peines allant jusqu’à dix-sept ans de prison.
À peine les sentences étaient-elles tombées que les députés de leur camp ont tenté de faire adopter une loi leur accordant une quasi-immunité – finalement rejetée par le Sénat qui l’a jugée « inconstitutionnelle » et « illégale ». Et ils en préparent une autre visant à amnistier leur champion, l’ancien président. Une atteinte intolérable à la démocratie, pour les centaines de milliers de personnes qui sont descendues dans la rue le 21 septembre dernier pour la dénoncer. Comment analysez-vous la séquence que vit actuellement le Brésil ?
Eliane Brum : C’est un moment très important, et j’ignore dans quelle mesure les gens en ont conscience. Nous vivons dans une démocratie qui est imparfaite et fragile : songez que l’armée n’avait jamais été punie au Brésil ! Or les coups d’État militaires jalonnent notre histoire – notre république brésilienne est née de l’un d’eux, en 1889. Le dernier en date, en 1964, a duré 21 ans. Avant même qu’il prenne fin, le Parlement a amnistié les assassins, les tortionnaires et les ravisseurs d’État ! Cela a fondamentalement compromis la redémocratisation du pays.
Notre manière de vivre, au Brésil, est imprégnée de cette tradition d’impunité. Cela signifie – c’est arrivé à plusieurs reprises –, qu’une personne torturée peut croiser son tortionnaire dans l’ascenseur, dans une réunion de copropriétaires, lors d’une fête d’enfants. Sans que rien ne soit fait.
Bolsonaro lui-même est une pure résultante de cette impunité. Capitaine de l’armée, il devient une personnalité publique le jour où il projette de poser des bombes dans des casernes pour l’obtention de…
Auteur: Patrick Piro

