Eloge de la honte

Vendredi soir, 23 heures. Au départ de la ligne 2, station Nation. Direction : le nord de Paris, plus précisément Saint-Ouen-sur-Seine, avec un changement prévu à Barbès. La rame de métro se remplit peu à peu.

Erre une silhouette chancelante, qui demande un brin de monnaie à chaque groupe de passagèr·es. Un homme noir, dont je m’aperçois, juste après qu’il m’a passée et que je ne lui ai rien donné, qu’il a le côté droit du cou complètement à vif. Comme si sa peau s’était détachée après une brûlure. Tache rose-rouge, humide, dévorée, dévorante. Du bout des doigts, il gratte le bord de sa blessure ; il est ailleurs. Je ne vois personne lui donner d’argent. Certain·es passagèr·es échangent des regards, qui sont habités plutôt par l’embarras, voire le dégoût, que par la sollicitude. Je mets plusieurs minutes à penser qu’il faudrait lui proposer d’appeler des secours qui pourraient le soigner. Il passe à nouveau, je n’ose pas, rebutée par cette plaie que je peine à regarder, inquiète à cause de son attitude étrange.

La honte.

Si ç’avait été un homme blanc, et apparemment lucide, les réactions auraient été différentes. Il aurait peut-être demandé de l’aide. Il était noir, semblait drogué ; il était doublement exclu du cercle de nos préoccupations morales et le savait.

Porte de Clignancourt et alentour

Je viens d’emménager en Île-de-France et je ne cesse de me heurter à cela : croiser des êtres à qui sont déniés l’humanité et le statut de personne dont il est évident de se soucier.

Avant que je m’installe à Saint-Ouen, ville du 93 limitrophe de Paris, quand je précise où j’ai l’intention d’habiter, on me répond parfois, sous forme d’avertissement : ce coin-là, c’est un quartier qui « craint », un quartier « un peu chaud », voire « un peu ghetto ». Première remarque : en même temps, personne ne dit clairement ce que j’ai pu…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com