Émeutes : au-delà des éclats, le reflet de vies brutalisées

Combien de fois le feu ? Inspirée du célèbre essai publié par l’écrivain afro-américain James Baldwin il y a tout juste soixante ans, la question résonne avec un contexte social tendu, suite au contrôle de police qui, le mardi 27 juin 2023, s’est avéré fatal pour Nahel M., 17 ans.

Les récentes interpellations, tout comme les blessures infligées aux manifestants de la marche parisienne du samedi 8 juillet – où l’un des frères d’Adama Traoré, Yssoufou, a été violemment plaqué au sol par des policiers de la Brav-M – témoignent de cet embrasement généralisé que l’État semble avoir du mal à contenir.

Plus profondément, la brutalité reprochée aux populations insubordonnées, régulièrement discréditées par celles et ceux qui représentent nos institutions – qu’il s’agisse de la fin de non-recevoir opposée aux gilets jaunes, ou aux « émeutiers » de début juillet –, interroge la façon dont les accusations de violence peuvent apparaître à sens unique dans le discours public ; car tout se passe comme s’il s’agissait de disqualifier « les marges » de la société, un processus bien documenté par les sciences sociales et que j’explore dans mes travaux.




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Identifier les violences

De quelle violence parle-t-on ? Plutôt que de celles commises à l’encontre de Nahel M., jusqu’au tir fatal, en tant que violence originelle, nombre de discours publics – à commencer par celui du Président Macron – se concentrent sur la violence des émeutiers, qualifiée d’inacceptable et d’injustifiable.

C’est à la fois une manière de réaffirmer que l’État détient le « monopole de la violence légitime » – selon la célèbre formule du sociologue Max Weber que nos politiques ont pris l’habitude de détourner – et une façon d’écarter la colère des banlieues de la sphère…

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Auteur: Jérôme Beauchez, Sociologue et anthropologue, Université de Strasbourg

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